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"Comment peut-on être noir?"
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1. L’historien Nicholas Dirks affirmait il y a quelques années
que la culture fut l’enjeu essentiel du colonialisme[1].
La formule est séduisante, mais de quelle culture parle-t-on? La notion
de 'rencontre coloniale' invite à employer le pluriel et à envisager
la colonisation comme une confrontation de cultures, inégalement armées
mais ontologiquement équivalentes. La symétrie ainsi restaurée
entre la culture des colonisateurs et la culture des colonisés pose
cependant problème. Elle atténue en effet l’écart
que l’exercice de la domination coloniale creuse entre la culture européenne
devenue culture de la domination et toutes les autres cultures, renvoyées
à leur étrangeté ou à leurs défaillances.
Cette hiérarchie n’est pas nouvelle, mais la colonisation l’investit
d’un rôle politique qui modifie en particulier les modalités
de diffusion de la culture européenne. Erigée en norme universelle,
elle est également déclarée inaccessible aux peuples
non-européens, ce qui permet aux Européens de revendiquer la
'mission civilisatrice' qui légitime leur domination. Ainsi, le colonialisme
fixe des règles nouvelles pour la gestion de l’altérité
à la fin du XIXe siècle. De Paris à Addis-Abeba2. De son vrai nom, Marie-Joseph Benoît Dartagnan Sylvain, Bénito
Sylvain est né en 1868 à Port-de-Paix en Haïti. Il appartient
à une famille de la bourgeoisie aisée, son père offre
un théâtre à Port-au-Prince en 1892[3]
et il envoie ses trois fils (Georges, Bénito et Edmond) finir leurs
études en France[4]. En 1887,
Bénito entre au collège Stanislas pour passer son baccalauréat,
mais il doit renoncer à préparer le concours d’entrée
à l’Ecole navale qui n’est plus accessible aux élèves
étrangers. Il entreprend quelques années plus tard des études
de droit: il est licencié en 1894 et docteur en droit en 1901. En 1889-1890,
il est secrétaire à la légation de Haïti à
Londres. En 1890, il se lance dans le journalisme et fonde à Paris
un journal hebdomadaire: La Fraternité. Organe des intérêts
d’Haïti et de la race noire qu’il dirige jusqu’en
1897 et qui accueille quelques contributions de Victor Schoelcher. Il essaie
par ailleurs d’organiser les étudiants haïtiens en France
en fondant en 1894 un «cercle de l’union fraternelle» dont
la Fraternité est la tribune. La Fraternité reçoit
jusqu’en 1895 une subvention du gouvernement haïtien et Sylvain
est personnellement récompensé en 1893 par le grade d’enseigne
de vaisseau de la marine de guerre d’Haïti. Il est ensuite victime
des multiples retournements de la vie politique haïtienne[5]. 3. Depuis 1892, le gouverneur de la colonie française de la Côte
des Somalis, Léonce Lagarde, est chargé d’entretenir une
relation diplomatique avec le Négus Ménélik. Il s’agit
d’obtenir le soutien de Ménélik dans la course au Nil
qui oppose Français et Anglais, de faire de Djibouti le débouché
maritime naturel de l’Ethiopie (privée de tout accès à
la mer Rouge) en négociant la construction d’une ligne de chemin
de fer entre Addis-Abeba et Djibouti, enfin de prendre position à l’intérieur
du pays dans l’éventualité de son partage entre les puissances
européennes. Après la victoire d’Adoua et l’annulation
du protectorat italien sur l’Ethiopie, la France reconnaît l’indépendance
de l’Ethiopie mais se contente de transformer Lagarde en ministre plénipotentiaire[10].
Il négocie à plusieurs reprises des livraisons gratuites d’armes
à l’Ethiopie et s’entoure d’une escorte de tirailleurs
sénégalais libérés de leurs obligations militaires,
qui servent également d’instructeurs aux troupes éthiopiennes. La “faillite morale” de la civilisation occidentale.4. Prolongeant la thèse de droit qu’il soutient la même
année[14], Du sort des
indigènes dans les colonies d’exploitation est le grand oeuvre
de Sylvain. Dans la première partie, «les leçons du passé»,
il retrace l’histoire de l’esclavage et de son abolition. Il met
en exergue les cas de Haïti et Cuba et affirme que les «nations
qui font de la violence et de l’oppression la base de leur système
colonial» se condamnent à perdre leurs colonies[15].
Dans la seconde partie, «les angoisses du présent», il
dénonce les menaces que les «criminelles turpitudes de la colonisation
violente»[16] font peser
sur l’humanité toute entière. Pourtant dans la troisième
partie, «les perspectives de l’avenir», il estime qu’il
est encore possible de trouver une «solution équitable»[17]
pour les colonisateurs et pour les colonisés. Son livre n’est
donc pas un réquisitoire anticolonialiste, mais un plaidoyer pour une
colonisation vraiment civilisatrice, c’est-à-dire assimilatrice. 5. Cet antagonisme déborde le cadre des congrès antiesclavagistes
(réunis tous les deux ans) et on peut en suivre les péripéties
dans les éditoriaux et dans les articles de la Fraternité.
En 1892-93, Sylvain soutient la conquête française du royaume
du Dahomey et réclame pour les Haïtiens les premières places
dans «la sainte croisade de la régénération africaine»[27].
Mais l’expédition s’accompagne d’une mise en scène
qui amalgame la race noire, l’africanité et la sauvagerie et
Sylvain, qui croyait être du côté des colonisateurs, est
bientôt contraint de s’identifier aux colonisés[28].
Il raconte qu’on se moque de lui dans la rue en l’appelant Béhanzin[29],
du nom du dernier roi du Dahomey qui s’est enfui après la destruction
de sa capitale et qui ne se livre qu’en 1894. Les autres journalistes
le qualifient de «Tartarin de Kotonou» et l’accusent de
diffuser de fausses nouvelles sur la fuite de Béhanzin pour se venger
de ces avanies. Lui-même change d’attitude: en 1892, il reproduit
les stéréotypes missionnaires et décrit Béhanzin
comme un monstre sanguinaire avide de sacrifices humains, en 1894, il suit
avec sympathie les péripéties de sa capture puis de son exil.
Il ne devient pas africain pour autant, mais il est dépossédé
de son identité de citoyen d’une nation noire indépendante. Le panafricanisme : un universalisme noir6. La première conférence pan-africaine organisée à
Londres en juillet 1900 est un événement majeur pour Sylvain.
Il y représente Haïti, l’Ethiopie et par défaut tous
les indigènes africains soumis à la domination française
et il accède, le temps de la conférence, au rôle de médiateur
entre colonisateurs et colonisés auquel il aspire depuis des années.
Elle est aussi le point fixe à partir duquel il organise sa démonstration
et qui lui permet d’échapper au rôle d’imprécateur
impuissant auquel le condamne l’idéologie coloniale[36]. 7. Sylvain est à la fois très isolé et pourtant au cœur
des débats. A la différence des congressistes anglophones, il
défend sans complexe l’assimilation à la culture européenne.
Comme Haïtien il estime qu’il en est le produit réussi et
ses voyages en Ethiopie prouvent que cette assimilation n’est pas la
négation pure et simple de son ascendance africaine. Il partage la
conviction de l’Américain William B. Dubois qui affirme dans
le rapport final de la conférence que «le problème du
vingtième siècle est celui de la question de couleur»[44].
Mais il adhère à un séparatisme noir, l’idée
panafricaine, provisoire pour restaurer un universalisme amputé par
les idéologies coloniales de son extension naturelle aux populations
de race noire. Ainsi, on ne trouve aucune trace dans ses écrits de
la théorie de la «personnalité africaine» formulée
par Edward W. Blyden dès 1869[45].
Au contraire, Sylvain reproduit et prolonge la démonstration par l’assimilation
proposée en 1808 par l’abbé Grégoire dans De
la littérature des nègres[46].
De même, son expérience éthiopienne lui permet d’exalter
l’originalité des civilisations africaines en esquivant le mythe
du retour en Afrique qui hante la diaspora noire et en particulier les Noirs
Américains. 8. Cet aveuglement est le symptôme d’une transformation culturelle
qui dépasse largement le cadre de la gestion coloniale. Les formulations
nouvelles de l’universalisme qui se dessinent en France au tournant
des XIXe et XXe siècles comportent des réserves
implicites qui consacrent la vision racialisée et inégalitaire
des populations dont a besoin la domination. Ainsi la Ligue des droits de
l’homme, qui compte pourtant dès sa fondation en 1898 des ligueurs
antillais, fait abstraction du «préjugé de couleur»
lorsqu’elle se penche sur les rapports entre colonisateurs et colonisés.
Comme si la frontière culturelle et politique instaurée par
la colonisation entre les citoyens, qui peuvent être blancs ou noirs[55],
et les sujets, qui ne sont jamais blancs et toujours prisonniers de leur autochtonie
comme le suggère leur qualification d’«indigènes»,
était devenue une donnée naturelle incontournable. Elle est
de même incapable de réclamer pour les sujets africains l’assimilation
promise par la mission civilisatrice, ce qui affaiblit considérablement
le combat qu’elle mène avec constance entre 1905 et 1914 pour
que la politique coloniale se soumette aux principes républicains.
Elle défend donc à son insu un universalisme blanc qui exclut
implicitement les hommes de race noire et qui condamne le panafricanisme à
se définir par contraste comme un universalisme noir tout aussi exclusif.
Note[1] Culture was what Colonialism was about, in N. DIRKS (ed.), Colonialism and Culture, Michigan University Press, Ann Arbor 1992, Introduction, p. 3. [2] Elles ne se limitent pas à la vulgate et aux ratiocinations de l’idéologie coloniale qui ne sont que la partie émergée, et sans doute la moins intéressante, de l’iceberg. [3] C. DUBÉ, A. M. Sylvain père, «Fraternité. Journal hebdomadaire. Organe des intérêts d’Haïti et e la race noire», septembre 1892, p. 2. [4] Georges fait des études de droit, il représente Haïti à Paris entre 1909 et 1911. Edmond fait des études de médecine. En 1894, il y a 115 étudiants haïtiens à Paris («La Fraternité», mars 1894, p. 3). [5] Il explique que la subvention a été supprimée en 1895, après que des envieux ont intrigué auprès du gouvernement haïtien. La disparition de la Fraternité en 1897 aurait la même cause. Cfr. B. SYLVAIN, Du sort des indigènes dans les colonies d’exploitation, Boyer, Paris 1901, p. 525. [6] F. RENAULT, Le cardinal Lavigerie (1852-1892). L’Eglise, l’Afrique et la France, Fayard, Paris 1992, p. 554-580. [7] L. CHAILLEU, Histoire de la Société d’ethnographie. La Revue orientale et américaine (1858-1879). Ethnographie, orientalisme et américanisme au XIXe siècle, «L’Ethnographie», LXXXVI (1990), pp. 89-107. [8] «C’est parce que nous sommes pénétrés, non seulement de la logique de ces idées (antiracistes), mais encore de leur profonde justice, que nous avons placé notre Comité Oriental et Africain entre les mains d’un représentant de la race Noire. Je n’oserais pas dire que cette race possède, parmi ses enfants, beaucoup d’hommes de la valeur morale et intellectuelle de celui qui sera appelé tout à l’heure à prendre place au fauteuil», (Comité Oriental et Africain, séance publique du 21 mai 1894, allocution de M. Léon de Rosny, «Bulletin de la Société d’ethnographie de Paris», 1894, p. 244). [9] Sylvain a laissé des carnets de voyage exploités par son biographe, Antoine Bervin. Celui-ci reprend par exemple le récit assez étonnant de la rencontre providentielle faite par Sylvain à Marseille où il s’était précipité pour partir en Ethiopie sitôt connue la nouvelle de la victoire d’Adoua. Un «émir Arabo-Ethiopien», Johannès Salim, rencontré dans la rue aurait aussitôt décidé de financer le voyage de Sylvain et lui aurait remis des lettres de recommandations adéquates. Cfr. A. BERVIN, Bénito Sylvain. Apôtre du relèvement social des Noirs, Imprimerie de la Phalange, Port au Prince 1969, p. 13. [10] Ce qui le place, à toutes fins utiles et contrairement à l’usage, sous la double tutelle du ministère des affaires étrangères et du ministère des colonies. Cfr. Archives du Ministère des affaires étrangères, Correspondance politique et commerciale - Ethiopie - Relations avec la France (1896-1897), vol. XVIII, p. 150. [11] A. BERVIN, Bénito Sylvain cit., pp. 68-69. [12] Il a vraisemblablement servi dans le corps spécial dirigé par un ancien officier français et chargé de former les troupes éthiopiennes. Cfr. ibid., p. 75. [13] La lettre au gouvernement haïtien qu’il avait obtenue de Ménélik en 1904 reste sans réponse. Bervin attribue cet échec à la guerre civile régnant en Haïti dans les premières années du XXe siècle. Mais Sylvain est parti sans mandat, ce qui explique aussi la réticence du gouvernement haïtien. [14] Etude historique sur le sort des indigènes dans les colonies d’exploitation, elle constitue la première partie du livre. [15] B. SYLVAIN, Du sort des indigènes cit., 1re partie, chapitre 5: «Comment on perd une colonie», p. 84. [16] Ivi, 2e partie: «Les angoisses du présent», chapitre VIII: «Chocs en retour des criminelles turpitudes de la colonisation violente», pp. 375-390. [17] Ivi, p. 524 (conclusion). [18] Ivi, p. 211. [19] Ivi, pp. 389-390. [20] Il prend l’exemple classique du massacre des Tasmaniens au début du XIXe siècle: Partie II, chapitre 1: «Responsabilité des Anglo-Saxons dans le mouvement de réaction anti-humanitaire», ivi, pp. 213-234. [21] L’ouvrage se conclut par une citation de Michelet célébrant le «génie émancipateur» du «noble et généreux peuple de France»qui doit affranchir le droit de «“l’odieuse tyrannie de la force», (ivi, p. 524). [22] Ivi, Livre II, chapitre 6: «Colonisation, civilisation et assimilation», p. 326. [23] Il accepte ainsi les présupposés racistes de la psychologie coloniale de Léopold de Saussure au centre des débats du Congrès de sociologie coloniale en les discutant seulement sur des points de détails. Cfr. E. SIBEUD, Une science impériale pour l’Afrique ? La construction des savoirs africanistes en France (1878-1930), Editions de l’Ehess, Paris 2002, pp. 67-73. [24] B. SYLVAIN, Du sort des indigènes cit., p. 334. [25] Le problème de l’esclavage africain, dans ses rapports avec la politique coloniale des puissances civilisées, in Congrès international antiesclavagiste de 1900. Comptes rendus des séances, Paris s.d., p. 130. [26] Allocution de conclusion du cardinal Perraud, in Congrès international antiesclavagiste de 1900 cit., p. 189. [27] B. SYLVAIN, Pour la civilisation, «La Fraternité», XXXV (1892), p. 1. L’utilisation des noirs de la diaspora pour civiliser les Africains est une vieille idée qu’on trouve, entre autres, chez l’abbé Grégoire. Cfr. Y. BÉNOT-M. DORIGNY (eds.), Grégoire et la cause des Noirs (1787-1831), Société française d’histoire d’Outre-Mer, Paris 2000. [28] D’un côté on exhibe les Dahoméens vaincus au Champ de Mars, de l’autre Maurice Delafosse vante dans La Nature la qualité exotique de leur statuaire (les statues des rois ont été dérobées par l’expédition et sont exposées au Musée d’ethnographie du Trocadéro, l’une d’entre elles est aujourd’hui encore dans la sections des arts d’Afrique et d’Océanie au Louvre). Dans un cas et dans l’autre, les Dahoméens sont ensauvagés et les relations séculaires entre l’Etat français et l’Etat dahoméen opportunément oubliées. Par ailleurs, l’expédition est dirigée par un officier métis (citoyen), le colonel Dodds, et repose sur des tirailleurs sénégalais (sujets), ce qui est une façon de désigner les noirs acceptables dans la logique coloniale sans verser dans un racisme contraire à la tradition assimilatrice de la République. [29] B. SYLVAIN, A propos de la capture de Béhanzin, in «La Fraternité», XXIX (1894), p. 1. [30] Elle se propose de recruter des jeunes Français – blancs – pour les envoyer dans les nouvelles colonies françaises en Afrique, où ils feront souche pour créer une race de pionniers puis de colons. [31] «Il n’y aurait rien d’impossible à ce que Mgr Augouard fut d’avis de restreindre l’émancipation du noir. Cette opinion, que professent la plupart des coryphées de la politique coloniale, ne se dégage-t-elle pas de la formule même, du mot d’ordre donné, s’il faut en croire l’ancien frère armé par tous les supérieurs des Missions africaines, N’usez jamais que de douceur à l’endroit des nègres qui sont de véritables enfants. Puisque ce sont de véritables enfants, ils ne doivent être, en bonne logique, que très peu émancipés», (B. SYLVAIN, Le Père Iung et le directeur de la Fraternité, «La Fraternité», XIX (1894), p. 1. [32] Cette expression est inventée par le reporter Marcel Monnier, envoyé par le Temps pour suivre la première tournée officielle du le premier gouverneur de la Côte d’Ivoire. Cfr. E. SIBEUD, Une science impériale cit., pp. 57-63. [33] Au même moment, l’administrateur des colonies et ethnographe Maurice Delafosse publie un essai sur les Libériens et les Baoulés de Côte d’Ivoire, qui présente les premiers comme des monstres culturels issus d’une erreur historique qu’il ne faut surtout pas reconduire alors que les seconds ont une culture frustre mais cohérente. Cfr. M. DELAFOSSE, Les Libériens et les Baoulés. Nègres civilisés et nègres dits sauvages, in Les Milieux et les races, s.l. 1901, pp. 97-122, 139-149. [34] Il dédie son livre “aux amis éprouvés qui l’ont aidé et soutenu dans les jours d’adversité qu’il vient de traverser et dont nul ne connaîtra jamais toute l’amertume” (B. SYLVAIN, Du sort des indigènes cit., p. 525). [35] Le Comité pour la protection et la défense des indigènes, créé en 1894, est loin de pouvoir rivaliser cependant avec l’institution qu’est en Angleterre l’Aborigenes Right Society. [36] Le dernier chapitre du Sort des indigènes dans les colonies d’exploitation lui est consacré. Cfr. ivi, Livre III, chapitre 7: «L’Association Pan-Africaine», pp. 504-520. [37] Ivi, Livre III, chapitre 7: «L’Association Pan-Africaine», p. 505. [38] Anténor Firmin (1850-1911) fait une carrière de ministre et de diplomate qui l’amène à plusieurs reprises à Paris. Il se présente sans succès aux élections présidentielles de 1902 puis tente de renverser son rival, le général Nord Alexis. Sylvain est un de ses partisans, ce qui contribue sans doute à le marginaliser en Haïti. [39] J.- Cl. WARTELLE, La Société anthropologique de Paris de 1859 à 1920, «Revue d’histoire des sciences humaines», X (2004), pp. 125-172. [40] L. MUCCHIELLI, Sociologie versus anthropologie raciale. L’engagement décisif des Durkheimiens dans le contexte ‘fin de siècle’ (1885-1914), «Gradhiva», XXI (1997), pp. 77- 95. [41] Pour les mêmes raisons, les sociologues et les anthropologistes français sont absents du congrès des races qui se tient à Londres en 1911 et ils essaient de se rattraper a posteriori en réclamant que le second congrès des races, prévu en 1915, se tienne à Paris. [42] Contrairement à ce que dit O.D. Lara qui veut faire de Sylvain l’égal des organisateurs anglophones de la conférence. Son ouvrage propose une précieuse édition complète des documents en anglais et en français rédigés à l’occasion de la conférence. Cfr. O.D. LARA, La naissance du panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du mouvement au XIXe siècle, Maisonneuve et Larose, Paris 2000. [43] B. SYLVAIN, Du sort des indigènes cit., Livre III, chapitre 7: «L’Association Pan-Africaine», pp. 510-513. [44] William B. Dubois préside la commission qui rédige l’adresse «Aux nations de l’univers», qui fait écho à son fameux texte The Colour Line Belt The World. Cfr. B. SYLVAIN, Du sort des indigènes cit., Livre III, chapitre 7: «L’Association Pan-Africaine», p. 510. [45] Sur Blyden: O.D. LARA, La naissance du panafricanisme cit., pp. 134-165. [46] Il dresse une liste des illustres Haïtiens. Cfr. B. SYLVAIN, Du sort de indigènes cit., Livre III, chapitre 8: «Les principaux centres de la civilisation noire», pp. 498-503. [47] O. D. LARA, La naissance du panafricanisme cit., p. 254. [48] En pratique, l’Association pan-africaine doit réunir des congrès tous les deux ans et établir des centres dans toutes les grandes villes qui accueilleront, en Occident, les Noirs en difficulté, et qui recueilleront en Afrique les souhaits et les doléances de populations qui ont besoin d’être éduquées mais dont la liberté doit être respectée. Cfr. B. SYLVAIN, Op. cit., Livre III, chapitre 7: “L’Association Pan-Africaine”, p. 515-520. [49] Ces églises se proclament “éthiopiques” pour souligner leur indépendance, bien qu’elles n’aient aucun lien effectif avec l’Eglise éthiopienne. [50] Selon Sylvain l’association intervient en 1901 pour déconseiller aux Noirs Américains de s’engager aux côtés des Anglais qui ont commis autant d’atrocités à l’encontre des indigènes que les Boers. Cfr. B. SYLVAIN, Du sort des indigènes cit., Livre III, chapitre 7: «L’Association Pan-Africaine», p. 515. [51] Ivi, Livre III, chapitre 7: «L’Association Pan-Africaine», pp. 510-512. [52] J. MARCHAL, E. D. Morel contre Leopold II: l’histoire du Congo (1900-1910), L’Harmattan, Paris s.d., t. I. [53] Le Bulletin du Comité de l’Afrique Française commente de façon ironique la conférence en insistant sur la distance existant entre les «gentlemen de couleur» et les «vrais» Africains sous tutelle française: «Une singulière manifestation a eu lieu à Londres, le 25 mai (sic), un Congrès de toute la race noire. Il y avait bien, en théorie, un délégué de tous les peuples nègres, mais nous n’avons pas besoin de dire que, en l’état actuel de leur développement, une faible partie seulement des nations noires était représentées. Seuls les nègres vivants de la civilisation européenne, comme les Haïtiens ou les gentlemen de couleur des Etats-Unis ou de l’Amérique du sud, peut-être encore du Libéria, pouvaient se livrer à des manifestations de fraternité nègre, avaient la littérature indispensable pour ce genre d’exercice», (Editorial anonyme, «Bulletin du Comité de l’Afrique Française», VIII, août 1900, p. 283). [54] L’accord nécessaire des Blancs et des Noirs en Afrique par M. le commandant Sylvain, «Revue de géographie de Lille», I (1906), pp. 133-139. [55] L’administration coloniale recrute des administrateurs antillais dont le plus connu est René Maran. Ils sont, bien malgré eux et souvent pour leur malheur, l’ultime simulacre du principe de l’assimilation. |
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