![]() |
Le problème des gens de couleur aux colonies et en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècleCarminella Biondi
C.Biondi, «Le problème des gens de couleur
aux colonies et en Francedans la seconde moitié du XVIIIe siècle», |
|
1. Le titre de mon exposé se fonde sur une notion
aujourd’hui ambiguë, celle de “gens de couleur”,
qui ne l’était pas au XVIIIe siècle,
même si elle se caractérisait, déjà à
cette époque, par de nombreuses nuances et quelques glissements
de sens. Dans une note de son Mémoire en faveur des gens de
couleur ou sang-mêlés de St.-Domingue de 1789,[1]
l’abbé Grégoire précise: “Les dénominations
gens de couleur, sang-mêlés, sont insignifiantes,
puisqu’elles peuvent également s’appliquer aux Blancs
libres, aux Nègres esclaves, etc.; mais dans nos Isles, l’usage
a restreint l’acception de ces mots à la classe intermédiaire,
dont les individus Blancs et Noirs sont les souches”.[2]
2. Cette variante aux mille nuances de l’espèce
humaine, qui n’existait presque pas avant la colonisation américaine
et qui reste pendant longtemps un fait marginal, ne commence à
devenir un problème dans les colonies françaises et, par
rebondissement, dans la mêre patrie que dans la seconde moitié
du XVIIIe siècle, c’est-à-dire au moment
où les gens de couleur, dont le nombre et les richesses croissent
rapidement,[5] sont désormais
devenus une force qui menace le pouvoir des blancs ou du moins que les
blancs perçoivent comme une menace.
Le rapprochement entre les deux parties de l'article indique de façon très nette que le refus d'affranchissement, à l'origine des colonies, n'est pas le résultat d'un préjugé de couleur (puisque les mariages mixtes sont admis et que les enfants sont déclarés libres), mais plutôt un problème d'ordre moral et d'administration coloniale correcte, à partir des habitations, dont le maître est personnellement responsable et doit, de ce fait, répondre de tous les abus et, en particulier, des abus d'ordre sexuel dont les esclaves noires sont victimes[7]. 3. La confirmation de cette hypothèse nous vient de la lecture des articles LV-LIX. De ce dernier, en particulier, qui proclame la parfaite égalité entre hommes nés libres et affranchis, donc entre blancs et noirs ou sang-mêlés qui ont obtenu la liberté:
Il faut tout de suite souligner que dans le vécu
des colonies cette égalité n'a, de fait, jamais existé.
Toutefois, tant que le phénomène des affranchissements
demeura marginal et que la disproportion entre blancs et gens colorés,
c'est-à-dire mulâtres libres et esclaves noirs, resta limitée,
les affranchis purent jouir d'une certaine liberté, ou mieux,
d'une certaine indifférence qui les soustrayait à des
règlements et à des contrôles trop rigoureux.
4. À son avis, "l'idéologie ségrégationniste n'a trouvé son expression définitive qu'après 1760", c'est-à-dire à une époque où l'influence de l'opinion des colons pèse de plus en plus lourd même sur la législation de la mère patrie. Le mulâtre Julien Raymond, dans ses Observations sur l'origine et le progrès du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur, de 1791, est du même avis. Il dénombre trois âges dans la vie de la colonie de Saint-Domingue, dont la datation est à vrai dire très incertaine, mais la situation, mutatis mutandis, était à peu près la même dans toutes les Antilles françaises. Il nous dit que dans les deux premiers âges il n'existait aucune réserve contre les gens de couleur libres et il fixe la date de naissance d'un véritable préjugé autour des années quarante, lorsque les richesses des colonies à sucre commencent à être convoitées et que de la mère patrie il se déverse dans les îles un grand nombre de personnes des deux sexes. Mais c'est surtout à partir de la conclusion de la guerre de Sept Ans que - à son avis - la situation précipite. Plus loin dans son texte il précise
En 1763, on crée dans les colonies, à côté du Conseil Supérieur, une Chambre d'agriculture, devenue plus tard Assemblée coloniale, ce qui augmente le pouvoir des colons blancs dont la présence se fait sentir toujours davantage, de façon directe ou indirecte, même dans la métropole, où s'élaborent toutes les stratégies concernant la gestion des colonies. On essaie de faire passer ces positions de plus en plus ségrégationnistes comme un choix de saine politique dans un pays où les blancs sont toujours moins nombreux par rapport aux noirs et aux sang-mêlés, libres ou non, et donc un pays où, au dire des colons, seule une barrière infranchissable entre ces deux mondes peut constituer un rempart sûr contre toute prétention de la masse esclave à la liberté. Mais il est indéniable que la justification d'ordre politique se double d'un préjugé ethnique qui grossit à mesure qu'à la suite de différents héritages et de croisements successifs il n'y a plus aucune différence, économique et physique, entre beaucoup de mulâtres et les colons blancs. 5. Souvent les mulâtres sont même plus cultivés,
ayant été envoyés en France parfaire leur formation
culturelle. Et pourtant, le seul soupçon d'appartenir à
cette classe est ressenti comme une injure, ainsi qu'en témoignent
les différentes histoires où il est question des sang-mêlés.
Je me limite à citer ici le cas emblématique du sieur
Chapuizet, qui intente, en l'année 1771, un procès contre
un quidam qui l'avait traité publiquement de sang-mêlé.
Dans un mémoire en sa faveur on peut lire: "à Saint-Domingue,
et dans les autres colonies, qualifier quelqu'un de sang-mêlé
est une injure égale à celle qu'on ferait en France, en
reprochant à quelqu'un que son père ou son ayeul a péri
sur l'échafaud"[11].
L'appellatif était donc on ne peut plus offensif, puisqu'on n'hésitait
pas à intenter un procès pour recouvrer son honneur. 6. C'est une condition inacceptable pour eux, surtout
si l'on tient compte du fait qu'ils sont mieux enracinés dans
le territoire que les grands colons blancs, vivant le plus souvent à
Paris et pour qui la colonie n'est qu'une mine d'où tirer de
quoi vivre luxueusement dans la capitale. Pour les sang-mêlés,
au contraire, la colonie est leur pays: ils voudraient y être
respectés et compter quand il faut prendre des décisions
qui concernent l'avenir de toute la communauté qui n'est pour
eux - il faut le préciser - comme pour les colons blancs, que
la communauté des gens libres, car, pour ce qui est de la vie
des esclaves, leur position ne diffère pas, à de rares
exceptions près, de celle des maîtres blancs. Dans la grande
majorité, ils sont comme eux esclavagistes, partisans de la séparation
entre mulâtres et noirs et très soucieux de souligner et
de faire respecter le pourcentage de sang blanc qui coule dans leurs
veines et d'effacer, si possible, jusqu'au souvenir de leur origine
"impure". Le mot est un peu fort, mais il était employé
à l'époque, avec des synonymes tout aussi méprisants:
tache, souillure, honte... 7. Le problème des gens de couleur en tant qu'hommes libres et généralement possesseurs d'esclaves, comme les colons blancs, reste longtemps étranger ou marginal dans le débat métropolitain concernant l'esclavage et les colonies. On peut noter, à titre d'exemple, la différence qu'il y a entre l'article "Mulâtre" de l'Encyclopédie, de 1765, dû à la plume du chevalier de Jaucourt et celui du "Supplément", écrit par Bellecombe et publié douze ans plus tard, en 1777. Dans le premier le mulâtre en tant que personne est tout à fait absent. L'article commence par une définition, somme toute assez neutre, si l'on excepte l'allusion au libertinage des blancs: "Dans les îles françoises, mulâtre veut dire un enfant né d'une mère noire et d'un père blanc; ou d'un père noir et d'une mère blanche. Ce dernier cas est très rare, le premier très commun par le libertinage des blancs avec les négresses". Suit une référence au Code noir à propos des affranchissements et l'article se conclut par une réflexion sur les limites d'une loi qui, s'opposant aux affranchissements pour contraster le libertinage, ouvre "la porte à toutes sortes de crimes, et en particulier à celui des fréquens avortemens". L'article ne s'arrête que sur l'origine des mulâtres et sur leur collocation incertaine entre maîtres et esclaves: leur personne et leur rôle dans la vie de la colonie n'intéressent pas. Celui du "Supplément" est, par contre, plus complexe, beaucoup moins anodin et essaie de brosser un portrait du mulâtre et de mettre en évidence son rôle spécifique non seulement à l'intérieur de la colonie mais aussi par rapport à la mère patrie. Les résultats, hélas, font regretter la brièveté presque indifférente du Chevalier de Jaucourt. Il s'agit, en effet, d'un texte étrange qui met d'abord l'accent sur un problème d'ordre moral, en soulignant la faute qui est à l'origine de la naissance des mulâtres, pour valoriser tout de suite après les avantages que ces derniers apportent aux colonies et à la métropole: "Il eût sans doute été à souhaiter pour les bonnes mœurs et pour la population des blancs dans les colonies, que les Européens n'eussent jamais senti que de l'indifférence pour les Négresses [...]. On ne peut cependant s'empêcher de convenir que de ce désordre il ne soit résulté quelques avantages réels pour nos colonies". Avantages que l'auteur, Bellecombe, trouve dans les affranchissements permettant la formation d'une classe d'hommes libres, qui "sont - à son avis - le plus sûr appui des blancs contre la rébellion des esclaves"; ils permettent en outre la formation d'une "bonne milice à employer dans la défense des côtes". 8. Enfin, autre mérite important à ses yeux, ils consomment beaucoup de marchandises venant de la France et sont donc "une des principales ressources du commerce des colonies". Article étrange, disais-je, et quelque peu embarrassant puisqu'il émane d'un organe des philosophes, qui nous avait d'ailleurs déjà surpris avec ses articles consacrés à l'Afrique, où ce pays n'était présenté que comme un entrepôt de marchandises, y compris les marchandises humaines. Il entérine les préjugés coloniaux sur l'origine des mulâtres et ne valorise ces derniers que comme rempart contre les revendications des noirs et réceptacle de la marchandise qu'on déverse dans les colonies de la mère patrie. Il faut ajouter, pour compléter cette fresque peu favorable aux mulâtres, l'allusion guère flatteuse à leurs mères: "les jeunes Négresses sont presque toutes bien faciles". Mais on ne dit pas qu'elles appartiennent aux maîtres qui peuvent disposer, à tout moment et à leur plaisir, de leur vie. Préjugé qui s'ajoute à un autre préjugé et qui se retrouve même là où l'on s'y attendrait le moins, chez ce porte parole des philosophes justement, d'hommes qui ont véritablement lutté pour l'abolition de l'esclavage et pour l'égalité entre tous les hommes. Mais l'égalité est un concept difficile à intérioriser, même de la part des philosophes. Lorsqu'ils doivent traduire dans la pratique cette reconnaissance de principe, des réserves s'échappent de leur plume: "à la couleur près", "malgré leur couleur", etc. Les mixophiles inconditionnels, pour employer un terme utilisé par Pierre-André Targuieff dans La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles[15], n'étaient pas nombreux au XVIIIe siècle. 9. Avec le "Supplément" de l'Encyclopédie on est arrivé au seuil des années Quatre-Vingt, celles où la position des sang-mêlés se fait plus solide sur le plan économique et de plus en plus incertaine sur le plan du droit et du rôle qu'il recouvrent dans la vie socio-politique de la colonie. La lecture des nombreux mémoires, lettres, requêtes, pétitions adressés à l'Assemblée Nationale entre 1789 et 1791 en faveur de la reconnaissance du titre de citoyens actifs pour les gens de couleur libres, permet de dresser une liste très longue de défenses et d'impositions qui témoignent comment il était presque impossible pour eux d'asseoir leur vie sur des bases solides. Il faut évidemment tenir compte du fait qu'il s'agit de textes de revendication et de polémique, dont les dénonciations sont toutefois confirmées par le fatras de lois et de décrets qui emprisonnent la vie des colonies françaises et par la position des députés des colons blancs siégeant à l'Assemblée Nationale. Le premier texte important sur le sujet est le Mémoire de l'abbé Grégoire, déjà cité, qui a été présenté à l'Assemblée en 1789. On sait que Grégoire s'est battu non seulement pour la reconnaissance des droits des mulâtres, mais aussi pour l'abolition de l'esclavage, en faveur des juifs et de l'égalité des races[16]. L'abbé ouvre son Mémoire par une citation tirée des Considérations sur l'état présent de la colonie françoise de St.-Domingue (1777) de Hilliard d'Auberteuil, qui n'était pas un écrivain anti-esclavagiste[17]: "En aucun pays il n'y a tant d'abus qu'à St.-Domingue"[18]. Pour l'abbé Grégoire il n'y a pas de doute que ces abus trouvent leur fondement dans la couleur de la peau: "les Blancs ayant la force, ont prononcé, contre la justice, qu'une peau rembrunie excluoit des avantages de la société. Enorgueillis de leur teint, ils ont élevé un mur séparatif entr'eux et une classe d'hommes libres, qu'improprement on nomme gens de couleur ou sang-mêlés. Ils ont voué à l'avilissement plusieurs milliers d'estimables individus, comme si tous n'étoient pas enfants du pere commun"[19]. En homme d'église, il commence par revendiquer une égalité qui nous vient de Dieu, mais ce qui suit, tout en n'oubliant pas les raisons d'ordre religieux et humanitaire, est bien fondé sur des données concrètes. Afin de poser de façon correcte le problème de la représentation des gens de couleur à l'Assemblée Nationale, à savoir s'ils peuvent être représentés par les députés des colons blancs ou s'ils doivent avoir leurs députés, Grégoire recense une série d'abus perpétrés contre eux par les colons blancs, pour démontrer que ceux-ci ne sont pas crédibles lorsqu'ils prétendent représenter les intérêts de toute la colonie. 10. Je fais d'abord une brève synthèse des obligations que l'abbé Grégoire nous dit avoir été imposées aux mulâtres par les colons blancs, me limitant à citer, avec quelques coupures, des passages du Mémoire:
Cette dernière imposition était la plus
lourde et la plus odieuse car, non seulement elle contraignait le mulâtre
à abandonner sa plantation ou tout autre travail pendant une
semaine et plusieurs fois au cours d'une année, mais elle l'obligeait
aussi à des dépenses pour louer et nourrir le cheval qu'il
était tenu à mettre à la disposition d'un fonctionnaire
ou d'un militaire, le plus souvent seulement pour servir ses caprices,
sous le prétexte d'un service au roi.
11. Les punitions pour les plus petites infractions étaient
exemplaires, les mépris et les humiliations, les injustices et
même les cruautés étaient leur pain quotidien. Les
colons justifiaient cette attitude ségrégationniste, d'un
côté, on l'a déjà dit, avec la nécessité
d'élever une barrière entre la classe des colons blancs
et celle des noirs esclaves, pour empêcher que ne s'écroule
tout l'échafaudage de l'économie de plantation fondé
sur la différence ethnique, mais une grande partie des motivations
étaient décidément racistes et prenaient leur source
dans une image tout à fait péjorative des gens de couleur,
souvent décrits comme la lie de deux races, dont ils exacerbaient
les caractères négatifs. Par contre, Grégoire,
ainsi que tous ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits[22],
en brosse un portrait avantageux: "En général ils ont
conservé l'estimable bonhomie des mœurs domestiques. Ils
se distinguent, ainsi que les Nègres, par beaucoup de piété
filiale. Beaucoup de respect pour la vieillesse. [...] Plusieurs ont
une éducation très soignée, et laissent cet héritage
à leurs enfans. [...] On a vu de généreuses mulâtres
acheter des enfans de couleur [...] pour leur faire le don précieux
de la liberté".[23] 12. On pourrait évidemment continuer, mais je crois que les exemples cités suffisent pour faire état de la situation des gens de couleur et des débats qui les concernaient à l'époque révolutionnaire, d'autant plus que, souvent, les nombreuses pétitions écrites en leur faveur se recoupent. Il y a toutefois des exceptions représentées, d'un côté, par les écrits subtilement sectaires des colons et de leurs représentants à l'Assemblée[27] et de l'autre par ceux de gens de couleur eux-mêmes qui retracent le long parcours de leur souffrance et demandent à leur pays d'être reconnus comme citoyens à part entière. Le mulâtre Julien Raimond, après avoir décrit la situation insoutenable des gens de couleur dans les colonies et les dégâts qu'une politique ségrégationniste produit au point de vue de l'économie, de l'ordre intérieur et de la sauvegarde contre les ennemis du dehors, termine ses Observations par une question qui est une sorte de soufflet à l'adresse des membres de l'Assemblée Nationale et de tous les hommes de la Révolution. Après avoir cité l'article du Code noir, émané sous Louis XIV, sur les affranchissements, il conclut: "L'assemblée nationale seroit-elle moins juste qu'un despote?"[28]. La reconnaissance des droits de tous les gens de couleur libres, après de longues vicissitudes, deux pas en avant et trois en arrière, devient une loi le 4 avril 1792: "L'Assemblée Nationale reconnaît et déclare que les hommes de couleur et nègres libres doivent jouir, ainsi que les colons blancs, de l'égalité des droits politiques"[29]. En hommage à ce texte, qui les intégrait sans aucune restriction, les hommes de couleur se nommèrent "citoyens du 4 avril". Mais entre temps la situation aux colonies avait précipité. Saint-Domingue, désormais bouleversée par la révolte servile, avait d'autres problèmes à résoudre: on a l'impression que la mère patrie était largement en retard par rapport à la situation réelle de ses colonies. D'autant plus qu'il ne suffisait pas d'une loi pour abolir un préjugé dont la contagion avait gagné tous les niveaux de la société coloniale. L'explosion de racisme qui éclate en France et dans les colonies après la prise de pouvoir de Napoléon - qui, on le sait, rétablit en 1802 l'esclavage aboli par la Convention en 1794 - en est la plus nette confirmation. On pourrait faire recours à beaucoup d'exemples tirés des écrits de l'époque, mais il suffit de citer un bref passage des Égaremens du nigrophilisme, publié en 1802, dû à la plume de Baudry Deslozière (ou des Lozière), ancien militaire, propriétaire à Port-au-Prince et nommé en France historiographe de la Marine: "Hélas! ce sang n'est que trop mélangé dans les Colonies, et cette corruption ne gagne que trop toutes les parties de la France. – Un peu plus, et ce mélange, déjà trop commun ira jusqu'à dénaturer le caractère de la nation, et l'on verra, si je puis m'exprimer ainsi, des Mulâtres en morale comme en physique"[30]. Et, pour conclure, je cite un passage de l'article "Mulâtre" du Grand Larousse universel du XIXe siècle, tiré de l'Histoire naturelle du genre humain du médecin Jean-Jacques Virey[31]: "Les mulâtres et les races mélangées passent pour être, dans les colonies, la lie de l'espèce humaine"[32]. On est entré dans les années sombres qu'Yves Benot étiquette comme époque de "la démence coloniale".[33]
[1] A. GRÉGOIRE, Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés de St.-Domingue, Paris, Belin, 1789, réédité dans Oeuvres de l’Abbé Grégoire, 7 voll., Nendeln, KTO Press - Paris, Editions d’Histoire sociale [EDHIS dans les citations qui vont suivre], 1977, VI, 1 (le premier numéro indique le volume, le second la place du texte à l’intérieur du volume). [2] Ibidem,
p. 48. Suit une liste des différents types de croisements
possibles entre les métis de noirs et de blancs. Le premier,
c’est à dire le résultat de l’union entre
blanc et noir, c’est le mulàtre. Ce terme est toutefois
souvent employé comme synonyme de gens de couleur ou sang-mêlés.
Julien Raymond, un homme de couleur de Saint-Domingue qui pérorait
à Paris la cause de gens de couleur, exclut toutefois de la dénomination
gens de couleur le mulàtre: “Un mulàtre est
le produit d’un blanc avec une noire. — On entend, par gens
de couleur ou sang-mêlés, le produit des mulàtres
entr’eux ou des mulàtres avec des blancs, et de leurs différentes
progénitures” (J. RAYMOND, Observations sur l’origine
et les progrès du préjugé des colons blancs contre
les hommes de couleur. Sur les inconvéniens de le perpétuer;
la nécessité, la facilité de le détruire;
sur le projet du Comité colonial, etc., Paris, Belin, Desenne,
Bailly, 26 janvier 1791). [24] A.-J.-T. BONNEMAIN, Régénération des colonies, ou moyens de restituer graduellement aux hommes leur état politique, et d'assurer la prospérité des Nations; et moyens pour rétablir promptement l'ordre dans les colonies Françaises, Paris, Imprimerie du Cercle Social, 1° mars 1792, EDHIS, V, 1, p. 59. [25] J.-P. BRISSOT, Discours
sur la nécessité de maintenir le décret rendu le
15 mai en faveur des hommes de couleur libres, prononcé le 12
septembre 1791, à la séance de la Société
des Amis de la Constitution..., Imprimé par ordre de la Société,
S.l. [Paris], s.d. [1791], EDHIS, VIII, 8, p. 7, n. 1. |
|
|
© 2003 - Cromohs | Web Design: Mirko Delcaldo |